Se sent-on un jour réellement chez soi lorsqu’on vit à l’étranger?

Ma maison au Canada - Se sentir chez soi - La Maudite Française

EDIT (5 mars 2018) :

Ce billet est à l’origine du rendez-vous de blogueurs/blogueuses #ChezMoi.
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Les préparatifs. Les « au revoir ». L’attente. Puis l’excitation de l’arrivée dans notre nouveau pays d’accueil. Les nouveautés qui s’enchaînent. Passé ces débuts où chaque journée est une aventure, on finit par retrouver de nouvelles habitudes et une certaine routine s’installe, surtout si on a un emploi stable. Et puis un jour, le mal du pays peut se faire sentir, ou bien juste l’envie de se sentir chez soi, de retrouver un cocon rassurant qui nous ressemble, même si on réside à l’étranger.

Porte d’immeuble typique française - se sentir chez soi - La Maudite Française
Les petites portes à l’ancienne françaises

La quête : se sentir chez soi

Comment fait-on pour se sentir à la maison dans un endroit où tout est nouveau et différent? Est-ce qu’on y parvient un jour? Au bout de combien de temps?

Lorsqu’on s’expatrie ou qu’on immigre et que l’on souhaite s’établir durablement dans notre nouveau pays, on finit inévitablement par se poser ces questions, je crois. Du moins, à voir les nombreux commentaires sur ce fil de discussion Immigrer.com, je ne suis pas la seule à me le demander. Et au nombre de témoignages divers et variés que j’y lis, la réponse semble très différente d’une personne à une autre. Pas de formule magique donc apparemment, mais plutôt un ressenti personnel.

Je me souviens d’avoir eu cette même discussion plusieurs fois avec des amis immigrés comme moi. Et je me souviens aussi de mes réponses vagues comme quoi c’était sûrement différent d’une personne à une autre, mais que je n’en savais trop rien moi non plus. Est-ce que je me sentais chez moi à l’époque? Non.

Alors quand est-ce que ce changement s’est opéré? S’est-il réellement passé d’ailleurs? Est-ce que je me sens chez moi à Montréal aujourd’hui?

Tranche de vie

Et puis, je suis tombée par hasard sur cette note oubliée dans mon téléphone. Écrite sur le vif, il y a un an. Et qui parle justement de cette quête de se sentir chez soi.

Un de ces petits moments qui semblent anodins, mais dont on veut pouvoir se souvenir parce qu’il a vraiment compté.


Samedi 4 février 2017

Nous fêtons l’anniversaire de mon chum entre amis. Le rendez-vous est donné au Club de curling de Ville Mont-Royal.

Nous sommes là tous les 8 (9 avec notre fils!), et déjà je suis touchée que tous soient venus, malgré mon organisation dernière minute « un peu broche à foin »…

L’entraîneur nous explique les règles : petit briefing et consignes de sécurité qui s’imposent. À la minute où il explique comment faire pour ne pas tomber, tout le monde me regarde d’un air appuyé. Ils me connaissent donc si bien ces gens? Eh oui, tomber est un peu une de mes spécialités, parait-il… mais seuls mes proches savent à quel point c’est vrai! Pourtant il y a 5 ans ces gens ne me connaissaient même pas. Je débarquais à Montréal. Nous ne nous étions même pas encore rencontrés.

Sur le chemin du retour, je suis dans la voiture et nous rentrons à la « maison ». Mon chez-moi. C’est ce que je réalise en regardant à ma droite la vue sur l’Université McGill et les tours du centre-ville. Cette vue elle me rappelle que je ne suis pas d’ici : ce paysage d’Amérique du Nord est bien trop différent de ma France natale. Et pourtant, je suis chez moi ici, je viens de passer une belle journée avec nos amis. Moi qui pensais les avoir laissé en France mes vrais amis, ceux de longue date : mes racines, ancrées à jamais. Mais je dois me rendre à l’évidence, j’ai de nouvelles racines ici aussi, à Montréal, tout aussi solides. Un conjoint, un fils, une belle famille, des amis. Une vie.


Ma maison au Canada - se sentir chez soi - La Maudite Française
Ma cabane au Canada
Pas vraiment, mais j’aimerai bien! 😉

À la maison

Pourtant quand je rentre en France, je dis que je rentre chez moi. Et quand je rentre à Montréal, je dis que je rentre chez nous. Pas le « chez nous » au sens québécois (qui peut vouloir simplement dire « chez moi »). Chez nous c’est là où se trouve ma famille : mon conjoint et mon fils. Et avant même l’arrivée de notre fil, je disais d’ailleurs à mon conjoint que dans ses bras je me sentais à la maison.

Elle était peut-être déjà là ma réponse finalement?

Et vous, où vous qu’est-ce qui vous fait vous sentir à la maison?


EDIT (5 mars 2018) :

Suite à la publication de ce billet, je vous partage la jolie réponse de Confessions de FrenchLily, une famille québécoise qui vit à Halifax dans un milieu anglophone :

Nous avons été expatriés aux États-Unis pendant un peu plus de deux ans. Après 3 ans au Québec et 4 ans en Ontario, nous sommes maintenant installés en Nouvelle-Écosse depuis presque 3 ans. Si je suis de retour au pays, suis-je pour autant chez-moi? Pas tout à fait…

De cette discussion entre nous deux est née l’idée de rassembler des témoignages de partout dans le monde. Je sais c’est un peu fou, mais pourquoi pas?

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Découvrez également les autres articles publiés par les participants ci-dessous (à jour en date du 16 avril 2018):

  • Madeleine et Cup of tea, nous parle de son expérience en Angleterre ;
  • Isabelle du blogue From Side 2 Side est installée dans le Kansas, aux États-Unis, depuis 2011, et a une longue expérience de voyage et d’expatriation ;
  • Barbara, du blogue Terrisse de poche, nous partage ses réflexions d’expatriées aux origines métisses.

Bienvenue chez Vous!

Immigrer - Se sentir chez soi, possible? - La Maudite Française
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21 Replies to “Se sent-on un jour réellement chez soi lorsqu’on vit à l’étranger?”

  1. Bonjour Pauline , je te suis sur Instagram et ton article a piqué ma curiosité ,car évidemment je suis immigrée aussi. Je me sens un peu comme toi depuis 6 ans aux US. Chez moi c’est où se trouvent mon mari et mes filles mais mes racines sont en France où j’y ai laissé toute mon autre famille. Je crois qu’on se sent toujours le cul entre deux chaises . Et puis des fois quand tu te dis “ ça y est je suis intégrée “ il y a toujours quelqu’un qui vient te faire la remarque qui te rappelle que non en fait tu viens d’ailleurs. Alors je pense que cela sera toujours comme ça , il faut juste finir par l’accepter.

    1. Bonjour Delphine,
      Tes mots me parlent tellement! « le cul entre deux chaise » c’est vraiment ça mon sentiment. Être toujours un peu entrain d’essayer de rapprocher les deux continents et tenter tout de même de se construire un cocon ici.
      Dans mon cas, j’ai une partie de ma famille de chaque côté, alors d’un bord ou de l’autre de l’Atlantique je ne ferai que déplacer le problème 6000kms dans un sens ou dans l’autre.
      Comme tu le dis, j’imagine qu’il faut simplement finir par l’accepter, même si ce n’est pas évident.
      Merci pour ton petit mot, ça fait du bien de savoir qu’on est loin d’être seul dans ce genre de questionnement.
      À bientôt,

  2. Hello Pauline !
    Ton article est très intéressant , je connais aussi quelqu’un qui a immigré au Canada pour être avec son chéri et à un moment elle ne se sentait pas si bien que ça mais je pense que normal ! Je ne sais pas encore où j’habiterai plus tard mais j’espère trouver mon chez moi !
    J’ai hâte de voir tes prochains article.
    Bisous
    Marianne

    1. Merci Marianne!
      Je te souhaite aussi de trouver ton chez toi 🙂
      En attendant, ne t’empêche surtout pas de voyager! Je viens de voir ton dernier billet sur Dublin 😉
      À bientôt,

  3. J’aime bien ton analogie entre le chez-moi et le chez-nous.
    Je ne suis plus vraiment expatriée, car je suis Canadienne de retour au Canada… mais je suis Québécoise d’origine et je vis en Nouvelle-Écosse. Si le dépaysement et l’adaptation ne sont pas les mêmes que lors de mes années vécues aux États-Unis, je me sens quand même comme une expat. La langue, la culture, les valeurs et l’histoire diffèrent entre les provinces francophones et anglophones. Et cette différence est perceptible dès que l’on ouvre la bouche (entre autres)! Nous ne sommes pas d’ici. Mais je me sens maintenant « chez-nous » dans ma nouvelle terre d’accueil grâce aux liens que j’ai créés et à la nature que j’adore. 🙂

  4. […] Maudite Française se demande « Se sent-on un jour réellement chez soi lorsqu’on vit à l’étranger? » une question qui me revient souvent en […]

    1. Merci Lyne!
      Ton retour d’expérience est super intéressant, merci de l’avoir partagé!
      Effectivement je crois aussi que le sentiment de se sentir chez soi va au-delà du statut d’expatrié ou immigré. C’est un questionnement que l’on peut aussi rencontrer lorsqu’on revient dans son pays ou même simplement quand on déménage au sein de notre pays. Au fond la vraie question c’est de savoir à quoi est associé notre sentiment d’appartenance, non?

  5. […] 21 février dernier, La Maudite Française publiait le texte « Se sent-on un jour réellement chez soi lorsqu’on vit à l’étranger? » J’imagine que c’est une question que se posent tous les expatriés et les familles qui […]

  6. Merci pour encore un article qui fait bien réfléchir. Cela fait 9 ans que je vie en France en ayant laissé la Californie pour suivre mon mari. On avait passé 6 ans en Californie avant de retourner en France–depuis il m’a avoué que tout ce temps qu’on était là-bas, c’était comme s’il attendait que sa vie commence…ou reprenne. Pour moi, c’était difficile aussi de penser que je quittais mon pays pour toujours. Surtout quand on a acheté une maison–tellement définitive! Mais ici c’est le pays ou mes enfants sont nés…je suis devenue française (plus ou moins, enfin). Maintenant quand je retourne en Californie, ca me fait du bien. En même temps, ce n’est vraiment plus chez-moi. Je pense qu’on prend le fil de chaque culture pour se tisser quelque chose de complètement différent–peut être c’est encore plus beau que de se sentir complètement chez-soi.

    1. Merci Trisha pour ton commentaire.
      C’est drôle de lire ton retour sur expérience : toi qui a traversé l’Atlantique de le sens contraire du mien, et qui te retrouve confrontée au même questionnement, mais dans mon pays d’origine. Je me rends compte que se sentir chez soi, c’est une réflexion bien personnelle et que cela peut prendre bien des formes différentes selon le vécu de chacun. 🙂
      J’ai vraiment hâte de découvrir ton article!
      À bientôt,

  7. Bonjour Pauline ,
    Très bel article. Ce sujet d’immigrée on en parle peu mais pourtant il fait bel et bien parti de nos vies… Ton billet avec la dissociation chez toi / chez nous m’inspire ! Peut-être le sujet un futur papier ?! Mes amis français me considèrent comme « expat' », alors que je me considère plutôt comme une immigrée également .

    Marie

    1. Hello Marie,
      C’est vrai qu’on en parle peu, en tout cas j’ai lu peu de choses sur le sujet… On dirait que parce qu’on est parti il faut que tout se passe bien, qu’on assume, sinon pourquoi tu es partie hein si t’es pas bien là-bas, hein? Ça reste que même si on est heureux ici et qu’on assume notre choix, c’est toujours un déracinement, que chacun vit et apprivoise à sa façon. Enfin, vaste sujet…
      Surement plein de choses à raconter encore…j’aimerai beaucoup lire ton article!

  8. […] À mon arrivée, tout était nouveau et chaque tâche devenait une aventure : comprendre le marché de l’immobilier pour trouver un appartement, chercher un emploi et découvrir les codes du travail d’ici, emprunter les transports en commun et être la seule personne qui coupe la file comme une malpolie, conduire en essayant de comprendre une signalisation étrangère, découvrir ma ville d’accueil, acheter un manteau d’hiver (pas un Canada Goose), imaginer la taille de mon steak en onces, calculer un tips, etc. Tout, tout, tout était nouveau. C’était comme être en voyage perpétuellement! Mais évidemment, cet état d’excitation et de nouveauté ne dure pas infiniment, et un jour la vie reprend son cours, et c’est ben correct comme ça comme on dit icitte. Une fois installée, finalement je me suis mise à vouloir me construire un petit chez-moi ici aussi. […]

  9. […] billet est à l’origine du rendez-vous de blogueurs/blogueuses #ChezMoi lancé par La Maudite Française et de French […]

  10. Bonjour Pauline,
    Je découvre ton blog à l’instant et après la lecture de 2 articles je me reconnais tellement! Installée en Norvège depuis presque 9 ans, 1 bébé Franco-Polonais depuis presque 1 an cette question du chez soi revient assez souvent chez nous. J’aime à dire que je suis une Française qui vit en Norvège, car les racines sont belles et bien françaises, mais le quotidien, les références etc. deviennent de plus en plus norvégiennes (et un peu polonaises aussi au passage). Merci pour ce blog!

    1. Hello Julie,
      Ça fait du bien de te lire, on se sent moins seules lorsqu’on découvre des personnes aux expériences similaires ou tout de moins qui se rejoingnent. Et ça fait vraiment du bien! 🙂
      Quelle richesse culturelle de votre côté : française, polonaise, norvégienne, c’est super! Parlez-vous les 3 langues à la maison? Je suis vraiment très curieuse 😉

  11. On est en fait entre 4 langues: anglais à la maison, français et polonais respectivement avec notre fille et norvégien au boulot/dehors… en gros on aime faire simple 😉 mais sinon on fait effectivement un vrai mélange de cultures.

    1. Oh mon dieu 4 langues! J’ai déjà du mal à comprendre tout ce que mon fils commence à dire avec seulement deux hahaha 😉

  12. […] Mais si vous me lisez un peu, vous savez surement que je m’interroge — beaucoup — sur la notion d’appartenance à un lieu, le besoin de se sentir chez soi quelque part. Et c’est justement de ça que j’avais envie de discuter avec […]

  13. […] pas encore réussi à me dire que je me sentais complètement chez moi ici, mais seulement que mon chez-moi était là où se retrouve ma famille : mon conjoint et mon […]

  14. […] Vivre à l’étranger, c’est parfois ne pas rentrer pour les Fêtes. Et si la perspective de ne pas s’enfiler le marathon des repas des Noël peut paraitre alléchante au départ, il se peut aussi que l’éloignement de vos proches vous rattrape un peu finalement. Qui aurait cru que que passer la soirée à côté de votre vieille tante vous manquerait un jour? […]

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