« C’est tiguidou! » Mais ça vient d’où?

Drapeau Québec

Je me délecte des expressions québécoises. Ne vous y méprenez pas, je ne les regarde pas du haut de ma grammaire française! Au contraire, je trouve toujours intéressant de constater comment une même langue a pu s’enrichir de tant de variations en évoluant d’un bord et l’autre de l’océan. Pour moi le « québécois » n’est pas une sorte de vieux français, c’est bien du français qui s’est forgé au fur et à mesure de l’histoire du Québec.

L’arrivée des Français et de la langue française au Canada

Ça remonte à loin déjà, avec l’arrivée du Malouin Jacques Cartier en 1534 et son exploration du golfe du Saint-Laurent. Puis l’expédition de Champlain en 1608, qui poussa plus loin sur le fleuve Saint-Laurent. Avec eux, ce fut le début des premières colonies françaises, qui se sont d’abord établies à Québec et ses abords, puis plus tard à Hochelaga, l’île de Montréal aujourd’hui. Ça c’est la version courte…

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Aller à St Malo et être dépaysée…ou pas…

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Si vous voulez en apprendre plus, il y a d’excellentes ressources ici sur le projet « Le rêve de Champlain » et même un jeu pour développer votre propre colonie et prendre conscience des enjeux de l’époque.

Il ne faut toutefois pas confondre le français québécois et le français canadien, qui regroupe l’ensemble des communautés francophones du Canada. Et si le français ontarien, celui du Nouveau-Brunswick ou encore du Manitoba ont les mêmes origines que le français québécois ; ce n’est pas le cas du français acadien et celui de Terre-Neuve.

Le québécois et ses variantes

Le québécois, comme le français de France, connaît des variétés régionales. Chez nous, nous avons le breton, le basque, l’alsacien, le corse, le provençal ; ici il y a entre autres le joual, issu du parler populaire de Montréal, ou encore le Magoua et le Chaouin.


Photo par Adrien Olichon sur Unsplash

Et si vous poussez plus loin en région, vous trouverez aussi différents accents / intonations, dont celui du Saguenay–Lac-Saint-Jean qui est souvent le test des nouveaux arrivants : si tu réussis à tout comprendre, tu es parfaitement intégré, parait-il. Évidemment cela ne repose sur aucune démarche scientifique autre que ma simple expérience! 😉

Je, Tu, Il, Nous, « Tu », Ils

Une des particularités du parler québécois, c’est le tutoiement. L’utilisation du « tu » est probablement une des premières surprises des Français à leur arrivée.

Le tutoiement est en effet plus courant et s’impose beaucoup plus naturellement que dans nos conventions françaises. L’utilisation du « vous » reste toutefois une marque de respect. Il faut donc user de jugement, ou d’astuce (comprendre s’arranger pour n’utiliser ni le « tu » ni le « vous » en attendant de savoir quel sera le plus approprié avec votre interlocuteur – tout un exercice de langue, croyez-en mon expérience!), ou bien apprendre vite après quelques essais-erreurs.

La particule « -tu » est aussi utilisée quand on pose une question directe, donnant ainsi des constructions de phrases du type : « Tu veux-tu? » « On va-tu au café ensemble? »
Y’aurait-il aussi une copie des tournures de phrases anglaises?

Un clan d’irréductibles francophones en terres canadiennes

En date d’aujourd’hui, près de 80% des francophones du Canada vivent au Québec. Et la langue française est certainement un des aspects qui donne en partie sa particularité à la culture du Québec.

C’est justement l’Office québécois de la langue française qui travaille au développement de la langue française et à la sauvegarde de certaines variations du français parlé ici.

Si l’évolution de langue québécoise et les enjeux auxquels elle fait (et a fait) face vous intéressent, il y a un épisode de la série KEBEC qui résume très bien le sujet.

Bien que le français soit une des deux langues officielles partout au pays et que les institutions se doivent de proposer leurs services dans les deux langues, le débat et la bataille pour la conservation de cette langue est un sujet qui fait régulièrement l’actualité.

Comme, tout dernièrement, lorsque le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a annulé la création d’une université de langue française à Toronto et a supprimé le poste de commissaire provincial aux affaires de langue française.

Carte des communautés francophones au Canada –
© Fédération des communautés francophones et acadiennes du Canada

Voilà donc ce que je peux vous raconter sur cette belle langue, mais il y en aurait encore bien plus à dire que les connaissances en ma possession!

Je ne rentrerai pas non plus dans le débat entre Québécois et Français, qui de part et d’autre trouvent que les autres utilisent beaucoup plus que les premiers des mots issus de l’anglais. Mais vous pouvez me donner votre opinion en commentaires si vous voulez!

Après ce long détour sur l’histoire et les particularités de la langue québécoise (mais si vous me lisez, vous avez l’habitude de mes digressions…), venons-en au coeur du sujet : à savoir, mais quelle est donc mon expression québécoise préférée?


Diguidou, tiguidou, c’est tiguidou, c’est tiguidou laï laï

Si je n’ai pas tellement adopté l’accent québécois, j’ai par contre intégré assez rapidement un peu du parler d’ici.

Et « Tiguidou » est de loin mon expression préférée! C’est chantant, et on dirait que ça rebondit quand on le dit. Sa sonorité n’est pas si loin de sa signification d’ailleurs.

C’est un mot léger, utilisé dans le langage courant ou familier. Lorsque quelque chose est « tiguidou », c’est que tout est ok, ou s’est bien déroulé. Ça fonctionne également avec les variantes : « diguidou », « c’est tiguidou », ou encore « tiguidou laï laï ».

Illustration « Tiguidou » –
© Je Parle Québécois

Le site web Je parle québécois a d’ailleurs détaillé la signification de cette expression et regorge de bien d’autres pépites si vous souhaitez découvrir d’autres expressions d’ici.

Notons aussi que l’expression est présente dans au moins une chanson de Robert Charlebois, « Le Réel à Pauline » (ah ben, c’est mon prénom ça!) :

Mais ça fait rien, je l’aime pareil mon gros
C’est un bon garçon, y est pas trop guerlot
Non pas ce soir, mon beau Pitou
Ah tigidou, je l’aime right through


Histoires Expatriées - La Maudite Française

Cet article participe au rendez-vous #HistoiresExpatriées organisé par le blogue L’occhio di Lucie. Le thème du mois est « Un mot, une expression de votre pays d’adoption » » et a été proposé par Patrick du blogue FromSlo.


Faites le tour du monde, et découvrez les articles des autres participants au rendez-vous :


Et pour revoir mon précédent article en lien avec ce rendez-vous, c’est juste ici :

15 Replies to “« C’est tiguidou! » Mais ça vient d’où?”

  1. […] Kenza au Canada – Alexienne à Madagascar – Lucie en Italie – Camilla au Vitenam – Angélique au Sénégal  – Jéromine en Grèce – Patrick en Slovénie – Eva au Japon – Pauline au Québec […]

  2. […] « C’est tiguidou! » Mais ça vient d’où? […]

  3. Hello ! Article très intéressant 🙂
    Je me demande si finalement, le facilité des québecois à tutoyer ne vient pas du fait que beaucoup de mots au Québec sont traduit littéralement de l’anglais… Et puisqu’en anglais, il n’y a pas de différence entre le « vous » et le « tu »… Qu’en penses-tu ?
    En tout ca,s moi qui suis expatriée à Madrid, je peux t’assurer qu’il en est de même pour eux ! Tout le monde se tutoie ici 🙂

    1. C’est vrai qu’il y a peut-être une influence de l’anglais sur cette formulation aussi. Bonne question! Je vais creuser le sujet. Je me suis retenue un peu parce que je voulais garder ça simple pour un premier billet sur le sujet (sinon j’écris des romans qui n’en finissent plus…). Mais y’en a des choses à dire!

  4. Youhouh t’as parlé du Manitoba ! Mais l’influence du québécois a disparu, il y a eu d’autres vagues de population francophone depuis, notamment belges et françaises. C’est plus « neutre » (avec des guillemets). L’immense majorité des mots québécois ne s’emploient pas ici, pour char par exemple, on dit auto.

    1. Oui je m’en suis tenue aux bases, je voulais faire un premier tour du sujet…mais il y a tellement de choses à raconter sur la langue française ici!! Je file lire le tiens aussi (je suis en retard dans mes lectures!)

  5. Merci pour cet article. J’ai appris plein de choses. Je pensais naïvement qu’il y a avait un français québécois, point barre. En tout cas, j’ai éclaté de rire en lisant l’expression québécoise que tu as mis en avant. J’adore !!!!!

    1. Ravie que l’article te plaise. Il y a encore tellement de choses à dire, je voulais faire un premier tour général du sujet. Et « tiguidou » c’est « la c’rise su’l top » 😉

  6. Super intéressant ! J’aime beaucoup la sonorité de tiguidou aussi 🙂

    1. Merci 🙂 Je vais prendre le temps d’aller lire le tiens aussi, et ceux des autres participants (je suis en retard dans mes lectures!!)

  7. […] Slovénie * Aude en Argentine * Clarisse en Corée * Clara en Angleterre * Barbara au Costa Rica * Pauline au Quebec […]

  8. Merci pour cet article c’etait Hyper instructif ! Encore une fois ça me donne tellement envie de découvrir le Québec 😊

    1. Y’a plus qu’à alors! Tu me feras signe si tu viens. 🙂

  9. […] « C’est tiguidou! » Mais ça vient d’où? hellocoton_plugin_url="http://lamauditefrancaise.ca/wp-content/plugins/hellocoton/"(function() {var s=document.createElement("script");s.type="text/javascript";s.src="http://widget.hellocoton.fr/widget06.js?uniq=144142&url=http%3A%2F%2Flamauditefrancaise.ca%2Fle-quebec-au-gre-des-saisons%2F";s.async=true;var x=document.getElementById("hellocoton_script_144142");x.parentNode.insertBefore(s,x);})(); Commentaires (4) Immigration nature Québec Voyage […]

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